Recrache

C’est de la bouffe pour le corps, ingurgite, mâche, déglutit, avale, digère. Manger, boire, dormir, fumer et baiser, toujours les mêmes circuits neuronaux, toujours les mêmes manques et les mêmes satisfactions, c’est identifiable et rassurant, c’est du fioul pour le moteur, pour les muscles, les os et la peau, pour le cerveau le foie et les reins, bouger les articulations. Mais merde quand est-ce qu’on les remplit les autres vides, les indicibles, putain quand est-ce qu’on les comble les autres, ceux qui alimentent les tuyauteries impalpables et se tordent les doigts, désarroi, des errements, dis-moi comment on fait pour éviter la torture poignante de ces entrailles vaporeuses, moi je ne vois que l’oubli, moi je ne vois que du vide dans le triste de nos pensées anesthésiées, formatées, conjuguées au passé du subjonctif, soumises aux conditions, l’impératif du quotidien. Mais lui il s’en fout de ce qui nous fait vivre, lui il s’en fout de ce qui rentre dans nos poumons puisque c’est automatique, mécanique bien huilée. Il n’y en a pas de quotidien qui insuffle les rêves et le sourire aux lèvres. Il n’y en a pas ici, il n’y en a pas ailleurs.  Alors recrache. Peut-être que si on dégueule tout, on créera un appel d’air pour appeler des enchantés.  Recrache la fumée, les baisers et les bigmacs, recrache le café et le sel des plaisirs éphémères. Ca ne peut pas faire de mal.

~ par SilkenTrash le janvier 21, 2012.

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