Les humeurs vagabondes, tu sais, ça brûle un peu trop à l’intérieur
Il suffit d’un moment de liberté pure pour que monte l’angoisse. La brise qui agite les mèches rebelles tout de suite se renforce et s’engouffre, hurlant la route et les décibels. Il suffit d’une clope qui monte un peu trop fort, qui se consume un peu trop vite pour avoir envie de la jeter par delà le rétroviseur alors qu’on est à pied, immobile. Les braises s’éparpillent malgré tout sur le bitume et dans le cœur, et c’est la panique qui gagne. Il faut être fort, écraser les larmes. Ne rien montrer. Consciencieusement, faire comme si on gérait, alors que le goudron vrombit du crissement des pneus et de la soif d’ailleurs. Il faut bloquer les manques, les remontées acides que la nausée du quotidien fait refluer à la confluence des hurlements étranglés. Ça s’étouffe, ça suffoque et le calme revient peu à peu. On évacue les besoins, pour ne plus laisser que les envies éphémères et insipides. La journée se termine, on disperse les cendres et on s’endort. Ça meurt, à petit feu, pendant qu’on rêve sereinement sous la couverture, de meurtres et de labyrinthes. D’ailleurs anonymes. De corps étrangers.
On a pris l’habitude de se balader avec le couvercle pour étouffer dans l’œuf les pleurs et les coups de sang. Et petit à petit, on a oublié, à force de se calfeutrer et de s’endurcir. Parce que ça fait trop mal là dans l’interstice le feu qui brûle, inaccessible sans conditions. On continue à rêver, dans l’atmosphère ouatée de nos appartements, sécurisés par la couette et le duvet trop épais. Les rêves sont des cloches ignifugées dont on recouvre les besoins et les manques, pour les oublier et se donner bonne conscience.

